mardi 26 juin 2012

Tu fumes?

Vivre sur une île, cela implique en général un certain isolement. C'est logique. Etymologique même. Aussi, deux semaines en arrière, quand le vent et la pluie turbinaient de concert, l'insularité était plus saillante encore et on avait le sentiment d'habiter à Saint Cambrousse du souffle ou Saint Patelin des trombes. Un peu comme si Christo avait emballé d'hiver l'appartement, on se recroquevillait à l'intérieur, réduisait et ouatait notre espace pour se protéger des rafales importunes qui sifflaient et de l'eau qui tambourinait.
Plus récemment, c'étaient d'autres bordées, moins naturelles, qui balayaient le ciel: des nuages de dioxyde de soufre. Un panache de gaz industriel brun-gris très irritant qui provoquait maux de gorge, toux et essoufflement... Le ou la responsable et coupable? L'usine pyrométallurgique centenaire - mais reconstruite plusieurs fois et rénovée- de la SLN (Société le nickel) implantée dans la rade de Nouméa et qui intoxique la population au quotidien en toute impunité...
En Nouvelle-Calédonie, entre les métaux lourds, les pesticides à usage agricole, l’amiante, la contamination au mercure des poissons pélagiques, l'insecticide malathion utilisé comme antimoustique en territoire urbain, les émissions de CO2 des milliers de véhicules, la nouvelle fuite d'acide sulfurique à la gigantesque usine de traitement de nickel Vale (au sud de l'archipel) en mai dernier, l'absence de réglementation sur l’étiquetage des OGM, etc, etc, il y a de quoi s'inquiéter pour sa santé. Eau, air, terre sont pollués et ce n'est qu'à condition de se boucher le nez, de se voiler la face et de porter des oeillères, que l'on peut encore croire vivre dans un paradis tropical et prétendre à la façon de Candide que "tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes".
Les nombreux afficionados du caillou diront que je suis une écolo rabat-joie, aussi acariâtre que Xanthippe la femme querelleuse de Socrate. Certains y verront l'ultime manifestation d'une exagération toute méridionale, voire les billevesées d'un esprit nourri à l'oxygène des romans. J'assume. Les porcs de Parme nourris au petit lait de parmesan ne donnent-ils pas un meilleur jambon?
Et bien parlons littérature justement! C'est d'actualité puisque le discret écrivain septuagénaire Charles Juliet est en résidence d'auteur sur le territoire et se prête poliment pendant deux semaines au jeu calibré des échanges élégants en compagnie du gratin intellectuel nouméen.
Hier, pauvre de lui, il a dû subir en préambule de la soirée les déclamations lyriques et ampoulées de l'indéfectible et incontournable barde de service, alias Frédéric Ohlen. Les aléas du métier! L'auteur était en effet l'invité d'honneur d'une réception à la Maison du livre. Un raout qui a davantage brillé par son cadre (l'agréable maison coloniale Célières) et son cocktail -assuré par un traiteur-, que par le contenu des lectures et de la conversation. Au menu, il y avait justement un délicieux thon frais au mercure...
N.B.: Plus d'infos avec un ancien mini post publié sur la maison Célières en cliquant ICI.

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